Codex Borbonicus

« Codex Borbonicus » Mexique, 16ème siècle

32,2 x 35,5 cm avec marges
73 exemplaires + 6 Epreuves d’Artistes

335 €

« Codex Borbonicus »,  Mexique, fin 15ème, début 16ème siècle

Le Codex Borbonicus est l’un des manuscrits les plus précieux de la civilisation aztèque. Il a été réalisé à la fin du XVe siècle ou au début du XVIe siècle, à une période charnière marquée par l’arrivée des Espagnols au Mexique. Son nom provient du Palais Bourbon, à Paris, où il est aujourd’hui conservé à la bibliothèque de l’Assemblée nationale. Ce document constitue une source majeure pour comprendre les croyances, les rites et la conception du temps chez les Aztèques.

Le codex est fabriqué sur du papier d’amate, obtenu à partir d’écorce d’arbre, puis plié en accordéon. Il est entièrement illustré de peintures colorées réalisées selon les traditions artistiques mésoaméricaines. Contrairement aux livres européens, il ne contient presque pas de texte : les informations sont transmises par des symboles, des couleurs, des glyphes et des représentations de divinités, formant un véritable langage visuel.

Le Codex Borbonicus est principalement consacré au tonalpohualli, le calendrier rituel aztèque de 260 jours. Celui-ci est composé de vingt signes associés aux jours et de treize nombres qui se combinent pour former un cycle complet. Chaque période de treize jours, appelée trecena, est placée sous la protection d’une ou plusieurs divinités et servait à la divination, au choix des dates importantes, aux cérémonies religieuses ou encore à prédire le destin des individus.

Le manuscrit présente également le cycle de 52 ans, résultat de la combinaison du calendrier rituel de 260 jours et du calendrier solaire de 365 jours. Pour les Aztèques, la fin de ce cycle représentait un moment critique où l’univers risquait de disparaître. Afin d’assurer la continuité du monde, ils célébraient la cérémonie du Feu nouveau, un grand rituel destiné à renouveler symboliquement le cosmos et à garantir le retour du Soleil.

Le symbolisme du Codex Borbonicus est particulièrement riche. Chaque couleur possède une signification religieuse : le rouge évoque souvent le sacrifice ou la vie, le bleu est associé aux divinités et au monde céleste, tandis que le noir renvoie au mystère, à la nuit ou au monde des morts. Les animaux, les plantes, les directions cardinales et les objets rituels sont également chargés de significations. Les dieux représentés incarnent les différentes forces de la nature, les cycles agricoles, la guerre, la pluie, la fertilité ou encore la mort. Le codex montre ainsi une vision du monde où le temps, la nature et les êtres humains sont profondément liés.

Après la conquête espagnole, le manuscrit a traversé l’Atlantique et son histoire en France reste partiellement incertaine. Il est toutefois attesté qu’au XIXe siècle, il a été acquis par un député français, Pierre-Paul Prud’hon, avant d’entrer dans les collections de la Chambre des députés, devenue ensuite l’Assemblée nationale. Cette acquisition explique sa présence actuelle dans les collections parlementaires françaises et l’origine de son appellation « Borbonicus », liée au Palais Bourbon.

Depuis plusieurs années, le Mexique demande la restitution du codex, considéré comme un bien culturel majeur de son patrimoine préhispanique. La France et le Mexique ont évoqué la possibilité d’une coopération culturelle, notamment sous la forme d’un prêt temporaire ou d’une exposition au Mexique. Un prêt ne constituerait toutefois pas une restitution définitive.

À ce jour, le processus législatif français n’a pas abouti à une restitution effective du Codex Borbonicus. Des propositions de loi et des amendements ont été déposés afin de permettre son transfert au Mexique, mais ils n’ont pas encore été définitivement adoptés. Le codex demeure donc dans les collections publiques françaises, sous la responsabilité de l’Assemblée nationale. Une restitution définitive nécessiterait une décision législative spécifique, car les biens appartenant aux collections publiques sont en principe inaliénables. Les discussions portent ainsi à la fois sur une éventuelle loi de restitution et sur les modalités d’un prêt ou d’une coopération scientifique et culturelle.

Aujourd’hui, le Codex Borbonicus est considéré comme l’un des rares manuscrits préhispaniques presque entièrement conservés. Il représente un témoignage exceptionnel de la pensée religieuse, de l’organisation du temps et des connaissances astronomiques des Aztèques. Au-delà de sa valeur historique, il demeure une œuvre d’art remarquable qui permet de mieux comprendre la richesse culturelle et spirituelle des civilisations mésoaméricaines avant la conquête espagnole.

Analyse de la planche 16 du Codex Borbonicus

La planche 16 correspond à la seizième treizaine du tonalpohualli, le calendrier divinatoire de 260 jours. Elle couvre la période allant de 1 Cozcacuauhtli (Vautour) à 13 Tochtli (Lapin) et est placée sous l’influence de deux figures principales : Tlalchitonatiuh, associé au Soleil couchant, et Xolotl, son compagnon ou double dans le monde nocturne. 

Dans la grande partie rectangulaire située à gauche, la scène développe une idée fondamentale de la cosmologie nahua : le passage quotidien du Soleil entre le monde visible et le monde nocturne. Tlalchitonatiuh représente le Soleil au moment du crépuscule, lorsqu’il disparaît sous la terre. Son iconographie possède un caractère funéraire : il est notamment associé à l’idée de mort et de transformation. Des études récentes soulignent que sa représentation peut prendre la forme d’un paquet mortuaire, symbolisant le Soleil qui rejoint provisoirement le monde des morts avant de renaître à l’aube. 

Face à lui apparaît Xolotl, dieu associé au chien, aux jumeaux, aux transformations et aux réalités nocturnes. Il est traditionnellement lié à Quetzalcoatl, dont il constitue le double ou le frère jumeau. Dans cette planche, Xolotl accompagne symboliquement le Soleil dans son voyage à travers l’obscurité. La rencontre entre les deux divinités exprime donc le passage de la lumière vers la nuit.

Dans la partie supérieure figure le glyphe du ciel nocturne, qui donne à la scène sa dimension cosmologique. Il indique que l’action représentée ne se déroule pas simplement dans un espace terrestre : elle concerne l’univers et le cycle quotidien des astres. Le Soleil couchant entre dans le domaine de la nuit, de la mort et de l’inframonde.

Autour de cette scène principale se développe le système calendaire de la treizaine. Les treize signes de jours permettent de suivre la succession du destin rituel, tandis que les figures et les oiseaux associés aux jours complètent cette lecture divinatoire. Les oiseaux ne doivent pas être considérés comme de simples ornements : dans l’univers nahua, ils peuvent évoquer différentes qualités célestes, solaires ou nocturnes. Leur diversité accompagne la succession des influences qui gouvernent les treize jours.

Le premier signe, Cozcacuauhtli, le Vautour, donne une tonalité particulièrement intéressante à la treizaine. Cet oiseau est lié à la mort, mais aussi à la transformation et au renouvellement : la disparition et la destruction constituent une étape nécessaire avant une nouvelle naissance.

Ainsi, la planche 16 exprime un cycle cosmique essentiel : le Soleil descend, traverse symboliquement la mort et la nuit, puis renaît. Tlalchitonatiuh représente le moment du crépuscule et de la disparition, tandis que Xolotl incarne le passage dans le monde nocturne. Le ciel étoilé, les signes calendaires et les oiseaux complètent cette vision d’un univers gouverné par des cycles permanents de mort, transformation et renaissance. 


« Codex Borbonicus » Mexico, 16th century

32,2 x 35,5 cm with margins
73 copies + 6 Artist’s proofs

335 €

 » Codex Borbonicus  » Mexico, late 15th to early 16th century

The Codex Borbonicus is one of the most precious manuscripts of the Aztec civilization. It was created in the late 15th or early 16th century, a pivotal period marked by the arrival of the Spanish in Mexico. Its name derives from the Palais Bourbon in Paris, where it is currently housed in the National Assembly library.

This document serves as a major source for understanding Aztec beliefs, rituals, and concepts of time. The codex is made of amate paper—derived from tree bark—and folded accordion-style. It is fully illustrated with colorful paintings executed in Mesoamerican artistic traditions. Unlike European books, it contains almost no text; information is conveyed through symbols, colors, glyphs, and depictions of deities, forming a true visual language. 

The Codex Borbonicus is primarily dedicated to the tonalpohualli, the 260-day Aztec ritual calendar. This calendar consists of twenty day-signs and thirteen numbers that combine to form a complete cycle. Each thirteen-day period, known as a trecena, is placed under the protection of one or more deities and was used for divination, selecting important dates, religious ceremonies, and predicting individual destinies. The manuscript also depicts the 52-year cycle, resulting from the combination of the 260-day ritual calendar and the 365-day solar calendar. For the Aztecs, the end of this cycle represented a critical moment when the universe was at risk of vanishing. To ensure the continuity of the world, they celebrated the New Fire ceremony, a major ritual intended to symbolically renew the cosmos and guarantee the return of the Sun.  The symbolism of the Codex Borbonicus is particularly rich. Each color holds religious significance: red often evokes sacrifice or life; blue is associated with deities and the celestial realm; while black alludes to mystery, night, or the world of the dead. Animals, plants, cardinal directions, and ritual objects are also imbued with meaning. The gods depicted embody various forces of nature, agricultural cycles, war, rain, fertility, and death. The codex thus presents a worldview in which time, nature, and human beings are deeply interconnected. 

Following the Spanish conquest, the manuscript crossed the Atlantic, and its history in France remains somewhat unclear. It is known, however, that in the 19th century, it was acquired by a French deputy, Pierre-Paul Prud’hon, before entering the collections of the Chamber of Deputies—which later became the National Assembly. This acquisition explains its current presence in French parliamentary collections and the origin of the name « Borbonicus, » derived from the Palais Bourbon. For several years, Mexico has been calling for the restitution of the codex, viewing it as a major cultural asset of its pre-Hispanic heritage. France and Mexico have discussed the possibility of cultural cooperation, specifically through a temporary loan or an exhibition in Mexico. However, a loan would not constitute permanent restitution. To date, the French legislative process has not resulted in the actual restitution of the Codex Borbonicus. Bills and amendments have been introduced to facilitate its transfer to Mexico, but none have yet been definitively adopted.         
The codex therefore remains in French public collections, under the stewardship of the National Assembly. Permanent restitution would require specific legislation, as items belonging to public collections are, in principle, inalienable. Discussions thus focus both on a potential restitution law and on the terms of a loan or a scientific and cultural partnership. Today, the Codex Borbonicus is considered one of the few pre-Hispanic manuscripts to have survived almost entirely intact.           
It offers exceptional insight into Aztec religious thought, the organization of time, and astronomical knowledge. Beyond its historical value, it remains a remarkable work of art that provides a deeper understanding of the cultural and spiritual richness of Mesoamerican civilizations prior to the Spanish conquest.

Analysis of Plate 16 of the Codex Borbonicus

Plate 16 corresponds to the sixteenth trecena (thirteen-day period) of the tonalpohualli, the 260-day divinatory calendar. It covers the period from 1 Cozcacuauhtli (Vulture) to 13 Tochtli (Rabbit) and is governed by two principal figures: Tlalchitonatiuh, associated with the setting Sun, and Xolotl, his companion or double in the nocturnal realm. 

In the large rectangular section on the left, the scene illustrates a fundamental concept of Nahua cosmology: the Sun’s daily passage between the visible world and the nocturnal realm. Tlalchitonatiuh represents the Sun at twilight, as it disappears beneath the earth. His iconography carries a funerary character; he is notably associated with the concepts of death and transformation.

Recent studies highlight that he may be depicted as a funerary bundle, symbolizing the Sun temporarily joining the realm of the dead before being reborn at dawn. Facing him appears Xolotl, a god associated with dogs, twins, transformations, and nocturnal realities. He is traditionally linked to Quetzalcoatl, serving as his double or twin brother. In this plate, Xolotl symbolically accompanies the Sun on its journey through the darkness.

The encounter between the two deities thus signifies the transition from light to night. The upper section features the glyph for the night sky, lending the scene its cosmological dimension. It indicates that the depicted action does not merely take place in an earthly setting; rather, it concerns the cosmos and the daily cycle of celestial bodies. The setting Sun enters the realm of night, death, and the underworld. The calendar system of the trecena unfolds around this central scene. The thirteen day signs allow one to track the unfolding of ritual destiny, while the figures and birds associated with the days complement this divinatory reading. The birds should not be viewed merely as ornaments; in the Nahua universe, they can evoke various celestial, solar, or nocturnal qualities. Their diversity mirrors the succession of influences governing the thirteen-day period. The first sign, Cozcacuauhtli (the Vulture), sets a particularly intriguing tone for the
trecena. This bird is linked to death, but also to transformation and renewal: disappearance and destruction are necessary stages preceding rebirth. Thus, Plate 16 illustrates a fundamental cosmic cycle: the Sun descends, symbolically passes through death and night, and is then reborn. Tlalchitonatiuh represents the moment of twilight and disappearance, while Xolotl embodies the transition into the nocturnal realm. The starry sky, calendar signs, and birds complete this vision of a universe governed by perpetual cycles of death, transformation, and rebirth.